La communication

Le choix des modes de communication :La communication des jeunes sourds :

    1. La première communication :

Dans environ 96 % des cas, les jeunes sourds de naissance ou de la première enfance ont des parents entendants. Pour ces nourrissons, dont les familles sont rarement informées sur la surdité, la première communication peut être tout à fait problématique. En effet, son développement dépend de la capacité de ses parents à accepter et comprendre cette situation inattendue, à y réagir de manière positive et avec bon sens ; ils peuvent éventuellement bénéficier de l’accompagnement d’une équipe de guidance précoce qui les aide dans le choix de modalités de communication et leur permet d’acquérir les éléments linguistiques ou techniques nécessaires.

Pourtant, même quand les familles concernées sont aidées, cette période est extrêmement difficile car ces apprentissages demandent un investissement important. En outre, même si les choix effectués ne sont pas irréversibles, ces jeunes parents, confrontés à de grandes difficultés, sont en proie au doute. Ont-ils fait le bon choix ? Les polémiques qui ont agité les milieux de la surdité ont pu créer un certain désarroi, même si elles ont contribué à faire avancer la réflexion et les recherches dans ce domaine. Il faut noter que les améliorations apportées au cours des 30 dernières années dans tous les domaines de la prise en charge des jeunes sourds ont apporté des progrès notables au niveau scolaire, social, professionnel. Le regard nouveau porté sur leurs capacités communicationnelles en a été un élément essentiel.
Il n’en reste pas moins que l’apprentissage de la langue orale et écrite n’est pas chose facile pour un jeune sourd.

      • Les problèmes d’acquisition de la langue orale et écrite :

Les problèmes de communication ne sont pas uniquement liés à la réception du message comme c’est le cas pour les personnes âgées devenues sourdes.
Ils sont aussi le fait :

    • Des difficultés dans l’apprentissage du langage oral sans référence à un modèle acoustique
    • Du manque de savoir faire dans l’utilisation du code linguistique par manque d’expérience de communication
    • Du manque de connaissances générales et culturelles qui peuvent en être la conséquence
  • La gestualité :

Certains gestes sont fortuits (bâillements, balancement…). On les appelle « extra-communicatifs », bien qu’ils n’apparaissent pas tout à fait par hasard au cours d’un échange.
En revanche, des gestes « communicatif »participent directement au sens du message transmis (oui, non, au revoir…)

La gestualité fait partie de la communication, est nécessaire à l’émission du message oral et à sa compréhension. Elle est présente dès les premières communications des enfants entendants ou sourds.
En ce qui concerne les sourds, le message mimo-gestuel est le support essentiel d’une communication défaillante. Il s’agit donc pour le locuteur entendant, par ailleurs préoccupé de bien articuler, de ne pas perdre sa spontanéité gestuelle.

On a pu constater que des enfants sourds n’ayant jamais eu de modèle de la LSF (Langue des signes française) étaient capables, à partir de cette gestualité, de créer des idiolectes pour communiquer entre eux.

  • La LSF (Langue des signes française) :

Pour les 4 % d’enfants sourds de parents sourds (comme pour leur fratrie entendante) la langue des signes peut être acquise spontanément lorsqu’elle est la langue de communication familiale (ce qui n’est pas systématique). Elle est leur langue maternelle, même si au contact de la famille élargie ces enfants rencontrent également la langue orale. Sur ce modèle, certaines familles entendantes apprennent la LSF pour donner à leur enfant la possibilité d’acquérir spontanément une première communication. Leur objectif est de créer les conditions d’une communication familiale sans contrainte pour l’enfant sourd. Ces parents se trouvent donc en situation d’apprendre une langue pour communiquer plus facilement avec leur enfant. L’expérience montre qu’ils doivent persister dans cet apprentissage au risque de se voir dépasser par le niveau du jeune sourd dès lors qu’il se trouve dans un groupe de sourds (école, SSEFIS, …). L’enfant devient alors initiateur de ses parents, mais peut se trouver découragé si les questions qu’il pose restent sans réponse en raison de leur faible niveau linguistique.

Cette phase est cruciale pour le maintien d’une communication familiale riche. Il faut alors, soit que les progrès des parents soient suffisants, soit que le développement du langage oral de l’enfant permette, à ce stade, de prendre le relais. Le langage gestuel n’est pas universel, il existe de nombreuses langues des signes, reposant sur les mêmes principes de structuration.

Chaque signe est une combinaison de plusieurs éléments réalisés simultanément :

  • Forme et orientation de la main,
  • Emplacement dans l’espace,
  • Direction du mouvement de la main et du corps

Comme toute langue, la LSF s’apprend en suivant des cours et en situation de communication dans une communauté de sourds.

  • La dactylologie :

Il s’agit de l’alphabet réalisé manuellement. La dactylologie a donc pour référence la langue écrite et non la langue parlée. Elle s’utilise aussi bien en complément du langage oral que du langage gestuel pour épeler les noms propres, les mots nouveaux ou techniques. Son utilisation suppose que les interlocuteurs en présence aient déjà acquis la lecture.

  • Le français signé :

Il ne s’agit ni d’une langue, ni d’une technique, mais d’une pratique de communication. En français signé, les modalités orale et gestuelle sont utilisées simultanément. Cela est possible physiologiquement puisque les deux langues utilisent des canaux différents de communication.
Linguistiquement, on observe que la structure syntaxique est celle du français oral, le signe de la LSF ne venant qu’en appui lexical. Ainsi donc, si l’on veut éviter ambiguïté et contresens il faut maîtriser les deux langues qui ont leur propre organisation tant lexicale que syntaxique. De plus, une telle pratique peut courir le risque de se figer, s’il n’y a pas un enrichissement et une individualisation de chacun des systèmes linguistiques. Sous réserve d’en connaître les limites, l’utilisation du français signé présente donc de l’intérêt dans un cadre d’apprentissage ou de situations fonctionnelles de communication dans des groupes mixtes sourds et entendants.

  • La LSF et le bilinguisme à l’école :

En France, à partir de 1880 et pendant un siècle, la LSF a été exclue de l’enseignement.
À l’heure actuelle les directives officielles reconnaissent son intérêt.
De plus, l’article 33 de la loi du 18 janvier 1991 reconnaît aux jeunes sourds et à leurs familles « la liberté de choix entre une communication bilingue – langue des signes et français – et une communication orale ».
La circulaire du 25 mars 1993 précise : « Sont concernés par cette loi et son décret d’application, les jeunes sourds dont la déficience auditive, les difficultés de communication qui en résultent, les choix personnels du jeune et de sa famille ont fait l’objet d’une étude approfondie de la part de la CDES, aboutissant à une proposition de prise en charge qui permet la mise en oeuvre d’un projet individuel d’éducation. Ce projet inclut désormais le choix, révisable, du mode de communication ».(…)
« La communication bilingue se caractérise par l’apprentissage et l’utilisation de la langue des signes française en association au français. Elle inclut la communication orale, élément essentiel de l’acquisition de la langue française (parlée, lue, écrite), d’un accès à la culture, d’une insertion sociale et professionnelle réussie »
.

  • Lecture labiale et LPC (Langage parlé complété) :

Pour les personnes sourdes la lecture labiale a une importance capitale.
Pourtant, l’information reçue est partielle puisque dans la langue orale française il y a 36 sons auxquels correspondent seulement 12 images labiales. La lecture labiale ne suffit donc pas à elle seule à discriminer les phonèmes et à avoir une représentation visuelle de l’ensemble du système phonologique du français. Les adultes devenus sourds connaissent la langue et ont une mémoire auditive. Ils peuvent donc suppléer mentalement aux incertitudes de la réception du discours de leur interlocuteur. Pour les jeunes enfants sourds qui n’ont pas acquis la langue et qui n’en ont pas de modèle phonologique, la lecture labiale est un exercice très aléatoire.

Le langage parlé complété (LPC), ou Cued-speech, est destiné à améliorer la réception du message oral par l’enfant sourd : c’est une aide à la lecture labiale qui a pour objectif l’acquisition et la transmission de la langue orale.
Il s’agit d’une technique mise au point aux États-Unis par O. Cornett en 1967 et adaptée au français par D. Mermod. Le principe consiste à associer à chaque phonème prononcé un geste de complément effectué par la main près du visage. Ce geste (« cue » en anglais ou « clé » en français) se compose d’une position de la main et d’une configuration des doigts. Cinq positions de la main par rapport au visage distinguent les voyelles et huit configurations des doigts discriminent les consonnes. Une clef correspond donc à une syllabe. Pris isolément, ces signaux n’ont aucun sens en eux-mêmes : ils ne constituent donc pas un code ; ils sont seulement destinés à apporter des informations complétant la lecture labiale, ce qui permet une visualisation complète du message oral.

Ce système permet donc d’éliminer toutes les ambiguïtés dues aux sosies labiaux. Par exemple, {pa}, {ba}, {ma}, ont la même image labiale. À ces trois sosies correspondent trois clefs différentes du LPC.

L’association du LPC et de la lecture labiale relève donc d’un codage visuel que l’enfant sourd doit acquérir ; bien évidemment, l’efficacité dépend de la constance du recours à cette technique. Les bénéfices pour la réception du message et pour l’appropriation de la langue orale (puis écrite) sont incontestables. Ces acquis donnent ensuite aux jeunes sourds plus de facilité à utiliser la lecture labiale et à exercer une suppléance mentale, même dans le cas où l’interlocuteur n’est pas codeur.

Le LPC n’est donc pas en concurrence avec la langue orale : il en permet une bonne réception. Il n’est pas non plus en concurrence avec la LSF puisqu’il n’est pas une langue gestuelle. Relativement rapide à acquérir par l’entourage, le LPC demande de la persévérance pour parvenir à un rythme naturel d’élocution sans exclure l’intonation et la mimo-gestualité naturelles. Dans l’enseignement spécialisé, le LPC est de plus en plus utilisé, particulièrement dans les petites classes.

Pour l’accompagnement en intégration, certains services comprennent des « codeurs » parmi l’équipe des professionnels. Ces codeurs ont pour mission de répéter – sans la voix pour ne pas gêner le cours – les paroles du professeur. L’élève sourd peut alors disposer de la lecture labiale accompagnée des clés du LPC.

L’intervention conjointe de l’enseignant et du codeur demande prépa ration et réflexion commune sur les rôles de chacun.

  • La méthode verbo-tonale :

Il s’agit d’une méthode inventée par le Pr Gubérina il y a une quarantaine d’années. Elle propose un entraînement auditif visant à développer les capacités fonctionnelles de réception des zones auditives non atteintes. Par ailleurs, considérant que « le langage est mouvement »
Elle met en oeuvre la participation corporelle comme médiateur de l’apprentissage de la parole grâce à deux techniques complémentaires : le rythme musical et le rythme corporel. Dans une approche globale de l’enfant sourd, le travail très précis des spécialistes de la surdité formés à cette méthode a pour objectif l’éducation de la voix, du rythme, de l’intonation et de la parole.

ANFH CHU La région L'ARS
APF académie MDPH PEP